À ma mère

C’est délicat de m’adresser à toi. Ça l’a toujours été. On ne s’est jamais comprises; toi par manque de mots, moi par leur abondance. Ou est-ce simplement le résultat d’une paresse mutuelle, d’un désintérêt flagrant l’une pour l’autre, d’un manque de sentiments ? Je crois qu’on ne le saura jamais vraiment. Du moins, on ne…

Éternité

J’ai perdu mon éternité. Elle m’a filé entre les doigts, s’est effritée avec le temps. Quand je croise un miroir, je me reconnais à peine sous le violacé de mes cernes, sous l’acné adulte bien plus féroce qu’elle ne l’était adolescente, sous la pâleur de ma peau qui craquelle et irrite. On m’a un jour…

À mes enfants

Je vous regarde vous lover contre votre père, le couvrir de baisers et lui demander de chanter pour vous, d’empoigner sa guitare et vous hypnotiser avec ses harmonies. Je crois que je suis un peu jalouse, au fond, de ses dons musicaux qui me font tant défaut. Moi, tout ce que j’ai, ce sont les…

Essence d’un incendie

J’écoute les battements de mon cœur qui font frémir la surface de mes tempes. J’inspire de grandes bouffées d’un air vicié, lourd, chargé d’une électricité que j’y ai moi-même distillée. J’expire, très longtemps, jusqu’à la douleur, jusqu’au vide; froid et toxique. La colère ne me quitte jamais vraiment, tapie dans l’ombre de mes recoins. Prête…

À mon étoile

Je sens ton regard sur moi le matin, alors que tu t’habilles dans le noir pour ne surtout pas me réveiller. Ce regard mêlant amour infini et jalousie intense, quand tu luttes contre le froid et que je laisse les couvertures resserrer leur étreinte. Je ne dors jamais lorsque tu claques la porte après ton…

Mélange instable

Ça ne va pas. Aujourd’hui, rien ne va. Je mets des heures à m’endormir, autant à me réveiller, une éternité à sortir de ce brouillard cauchemardesque qui déteint sur ma journée. Je ne me souviens plus de mes rêves alors que pendant des années, les retranscrire ne me demandait aucun effort au quotidien. Peut-être cherche-je…

Amitiés à moitié

Très longtemps, j’ai usé du mot « ami » à outrance. J’avais beaucoup d’amis. Trop pour que ce soit honnête. Un peu comme une page facebook sur laquelle on accepte toutes les invitations pour observer, fasciné, le nombre d’amis enfler. Je laissais n’importe qui entrer dans ma vie, il suffisait de le vouloir. De me vouloir. Et…