Ça s’en va et ça revient

Je ne comprends pas comment l’écriture a pu devenir à la fois une précieuse alliée et une ennemie redoutable au cours de ma vie.
Qu’est-ce qui a bien pu se passer, dans ma tête, sous mes doigts, dans mon cœur pour que je chérisse l’écriture autant qu’elle m’effraie, que je la vénère autant que je la maudisse. Je ne comprends pas.

J’ai souvent la sensation qu’on obéit à la ridicule loi du « Fuis moi, je te suis; Suis-moi, je te fuis », faisant en sorte de se manquer pour ne pas confronter nos problèmes relationnels, mettre à plat une bonne fois pour toutes ce qui nous chagrine l’une chez l’autre. Et pourtant, je l’aime. Ça, je le sais, j’en suis certaine. Elle a toujours été là, après l’école, entre deux sessions de devoirs chiants, dans mes journaux intimes à-demi scellés, parfois éventrés ; dans ces paroles de chansons gribouillées sur mes cahiers de français, dans les rédactions de philosophie ; dans mes ébauches de romans de fantasy inspirés du Seigneur des Anneaux.

Comment ne pas écrire en vivant dans ce quartier si romanesque ? Une place centrale visitée deux fois la semaine par le vendeur de glaces ambulant les jours d’été, tous klaxons dehors ; la lisière de la forêt qui délimitait le lotissement au Nord, les rails des trains de banlieue au Sud, les jardins immenses et cachés, découverts par hasard lors de promenades entre copains, les rumeurs locales devenues légendes qui hantaient les rues le soir, les hululements nocturnes de la forêt portés par le vent. Et ce car, le car scolaire municipal, immense, qui nous reliait au centre ville, là où c’était dangereux, vraiment dangereux, là où les parents n’avaient plus aucun pouvoir : le collège.
J’en ai noirci des pages pour tromper l’ennui.

Alors, que s’est-il passé ?

Aujourd’hui, je n’écris que du triste, du sombre étriqué, rien de spontané, naturel, comme si je m’étais forcée, moi, cercle, à combler une case trop juste. Du coup, j’écris dans la douleur, comme si je ne méritais pas de bien vivre cette expérience, ces quelques heures volées à mon quotidien d’illustratrice un brin ratée (juste un brin, n’exagérons rien). Je veux écrire, mais je ne me laisse pas écrire. Quelque chose en moi ne me laisse pas libre de mes mouvements sur le clavier, me force à étudier chaque mot, relire chaque tournure de phrase, à tout prendre incroyablement au sérieux, bref, quelque chose sucks the fun out of it.

Je ne m’amuse que rarement. J’écris parce que j’ai peur de perdre la main, peur de rouiller, de sceller mes idées dans un recoin de ma tête et d’en perdre la clé. Mais où est passé la passion ? Le feu ? Où sont passées les multitudes d’ébauches, comme autant de petits jardins à entretenir, autant de sols fertiles prêts à me nourrir. À me maintenir en vie. J’ai perdu le plaisir, il s’est égaré quelque part au détour d’une dépression, noyé dans ma fatigue chronique, élimé par les médicaments et ma réalité désaturée.

Mais la volonté, elle, est toujours là.
Je veux écrire, parce que je le dois. Ça m’est nécessaire.
Un jour, le plaisir me reviendra, rondelet et bien nourri, flanqué d’une jolie famille de bons sentiments qui rendront son contraste à ma vie.
Je le sens.

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