Rallumer les étoiles

Les derniers moments de l’année.
Les plans à honorer, les repas à organiser, les cadeaux à choisir, à emballer, à offrir.
Les bilans à dresser. Les cases à cocher. Les frustrations à refouler. Les sourires épuisés à afficher pour honorer un esprit auquel on ne croit plus.

L’esprit de Noël, moi je n’y ai jamais cru. Je n’ai jamais scruté le ciel pour y apercevoir un traîneau, je n’ai jamais cru qu’un vieux monsieur bardé de présents dégringolerait d’une cheminée que nous n’avions pas pour combler le dessous du sapin. Je n’ai jamais cru que Noël était un réel moment de fête, non.

J’y voyais des corvées, des parents épuisés de courir après des jouets que leurs enfants allaient bien vite oublier. Je voyais ma mère, enfiler ses lunettes, sortir toutes les quittances de carte bleue accumulées et souffler en se massant les tempes pour faire ses comptes. Je voyais l’esprit de mon père abandonner son corps pour rejoindre ses parents en Bourgogne quand ma mère y avait renoncé. Je voyais des gens s’affairer en cuisine pour oublier, rester le nez dans les fourneaux pour que personne ne les voit jamais pleurer. Je voyais des gens horrifiés à l’idée de se retrouver seuls à Noël, hurler au téléphone que Machine avait osé les planter. Tous ces gens terrifiés à la simple idée d’être confrontés à eux-mêmes, à leur solitude et leurs sombres pensées.

Et puis, il y a ceux qui portent des toasts, qui veulent trinquer. A leur mariage, à leur travail, à leur réussite, à leur bébé. Ne retenir que le positif pour repartir du bon pied. Démarrer la nouvelle année sur une note fraîche, dépourvue de l’odeur rance des ronces qu’on ne peut empêcher de germer.

Mais que fait-on lorsqu’on ne trouve rien de positif à célébrer ? Doit-on pour autant envoyer au pilon cette année ? En a-t-on même le droit ?

Je suis de ceux qui terminent chaque année sur les rotules, noyés sous les échecs, les inaccomplissements, les cases non-cochées d’un bullet journal à reporter. Ceux qui disent « à l’année prochaine » d’un rire jaune à leurs problèmes qui persistent à ne pas se régler.
Ceux qui ont du mal à ne pas s’apitoyer, à ne pas remplacer leur visage dans le miroir par un sac de noeuds. Ceux qui ne trouvent rien à répondre à la fameuse question « qu’ai-je accompli cette année ? »

Et pourtant voilà, je râle, je me plains, mais je reporte sans jamais perdre espoir. Parce que si j’ai l’air désabusé, c’est pour un million de raisons qui me sont propres. Mais ça ne m’a jamais empêchée d’être faite de l’étoffe des rêveurs invétérés. Quand tout le monde cherchait le traîneau du Père Noël dans le Ciel, moi je regardais les étoiles, les cratères de la Lune, les satellites en mouvement tout autour de nous dans la grande poubelle de l’espace, et je m’imaginais dans mon petit vaisseau naviguer entre les obstacles. J’imaginais ce monsieur seul, sur la Lune pour Noël, ravi de voir la planète s’illuminer en même temps que le regard des enfants, se persuader qu’ils le célébraient, lui l’Ermite Lunaire.

Cette année, j’ai fait une croix, amère, sur beaucoup de rêves, simplement pour en voir d’autres fleurir là où je ne les attendais plus, embaumant l’air de cette note nouvelle, fraîche, piquante.

Cette année, j’ai ouvert ce blog, et je me suis comprise, enfin.

sejour-suisse-lausanne-festival-lumieres(Crédit Photos : Louise Grenadine)

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