Have I told you lately, I’m grateful you’re mine

Il y a des ombres mouvantes dans cet appartement.
Des jeux de lumières qui attirent mon regard, me font tourner la tête, me font sourire en pensant que ce n’est rien d’autre que mon chat qui m’emboite le pas. Je crois aux fantômes, ça apaise mes angoisses.
Je ne me fais pas au vide. Au silence. À son absence brutale et sourde. À cet appartement trop grand pour nous. Trop grand sans lui. 

J’ai deux chats. Du moins j’en avais deux. Deux amours, deux enfants, une petite famille aux allures félines et au love language fait de caresses. Et puis, un jour, une bosse sur son épaule, et bientôt une plaie, une morsure d’inconfort qui s’infecte, se surinfecte et se nécrose. Le vétérinaire qui balaye ça d’un revers de main. C’est qu’un kyste, si vous voulez mon avis, on va simplement soigner la plaie, et le laisser en paix. Mais la blessure s’ouvre toujours plus grande, toujours plus profonde, et la bosse devient pierre, et cette langue râpeuse qui ne cesse de la creuser, encore et encore, par peur, peut-être, par anxiété, surement. 

On prend la décision de lui mettre un body vert d’eau ridicule dont on se moque allègrement, comme ça, c’est sûr, la plaie va cicatriser, et avec un peu de chance, le kyste disparaitra avec elle. Mais tout dérape. Il ne dort plus, trop engoncé dans ce body qui paralyse ses mouvements. Alors, épuisé, il cesse de s’alimenter. 

Mon instinct maternel me fait commander en urgence une collerette tout aussi ridicule que le body, moelleuse comme un coussin en forme de fleur jaune. Je la reçois le surlendemain et lui passe au cou à peine déballée. Soulagé, il mange, se repose, ses analyses de sang sont parfaites, “compte tenu de son âge”, âge qu’on n’a jamais connu, que personne n’a jamais connu et qui l’entourait d’une aura de mystère et d’immortalité. Il s’endort sous la couette entre nous, au chaud, dans une symphonie de ronronnements. C’est sûr, il va beaucoup mieux.

Sur la table-balance, ses petites pattes transpirent et laissent apparaître des empreintes évanescentes. “Il a maigri”. Nouvelle prise de sang, nouveaux résultats RAS. 

Puis une opération. Un luxe qu’on s’autorise, pour connaître enfin la nature de ce qui a métamorphosé notre chat – notre bébé – en petit mammifère maigrichon et aphone, lui qui se lançait dans des tirades dont le sens, bien sûr, nous échappait – mais pas tout à fait. Le kyste est en réalité une tumeur, d’un cancer très rare, conséquence de toutes les injections faites à ce pauvre petit être malade depuis toujours.

Ce tout premier jour, au refuge, quand on a passé la porte, il était là, dans nos pieds, déjà malade à dessiner pourtant l’infini, hurler son besoin d’amour malgré la douleur qui lui rongeait la machoire. Dans ses yeux, on pouvait lire la détermination. C’est vous que je choisis. Et il ne nous a plus quitté pendant neuf années. Il a épongé nos pleurs quand la vie s’acharnait, nous a redonné le sourire aux moments sombres, nous a fait rire quand on en avait le plus besoin, nous a fait parler quand on ne trouvait plus les mots. Alors, maintenant qu’il n’est plus là, je fais comment ?

Si même la machine à laver ne parvient pas à l’effacer totalement, alors comment le pourrais-je ?

Je laisse traîner des choses par terre, dans le couloir, sur le lit. Des choses en forme de chat, en forme d’amour, en forme de toujours.

Parce que je crois aux fantômes. 

Photo by Zach Reiner on Unsplash

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