Les jours heureux

Il y a des journées comme ça où le temps retrouve ses couleurs et ses parfums de bonheur. C’est simplement dans l’air. Les ronrons des chats, les coups de langues qui viennent froisser leur poil, la saxophoniste sur la place du marché qui reprend du Diam’s, un passant qui siffle en attendant que le feu piéton passe au vert, une envie soudaine d’écouter de la musique, de chanter, danser, jouer, bouger jusqu’à tomber de cette bonne fatigue qui entraîne un sommeil sans questions. Ces jours où, au moment de faire dégringoler le mini comprimé blanc au fond de ma gorge, j’hésite. Peut-être n’en ai-je plus besoin ? Et si j’arrêtais ? Fini les souvenirs sépia, bonjour les couleurs haute-définition. 

C’est une bulle de couleurs saturée qui m’entoure. Fragile. Ephémère.

J’en distingue les contours, elle est autant limitée dans l’espace que dans le temps, je le sais, et elle n’en est que plus belle, plus chaleureuse, plus assourdissante de bonheur et de goûts sucrés. Tous ces sons familiers me sont amplifiés. Le bip de la bouilloire, les griffes prises dans le sisal, le ventilateur de l’ordinateur qui tourne à plein régime en me chauffant les cuisses, l’ampoule qui vacille sous son abat-jour dans un bruit statique (on dirait du morse, et j’aime à penser que ma bulle envoie des invitations exclusives par son biais), l’évier qui glougloute et les chats qui couinent en s’étirant, parce que quand même, quand on est un chat, la vie c’est pas facile tous les jours. 

Car non, la vie n’est pas simple tous les jours. Mais parfois, tout s’imbrique parfaitement, et le sentiment de satisfaction qui en émane pourrait presque me faire pleurer.
Le bonheur tient à peu de choses. Le four qui grille parfaitement mes crottins de chèvre pour ma future salade. Relire des bribes d’histoires écrites à la va-vite et en apprécier la vibe, le rythme, l’essence de ma personnalité qui peut découler de ces quelques mots tapés entre deux dessins ratés. Le vent dans les arbres qui porte les oiseaux jusqu’au rebord de ma fenêtre. Le guetteur de Lausanne qui crie l’heure depuis le beffroi de la cathédrale armé de sa petite lanterne scintillante. Les quelques notes de Concerning Hobbits qui me font dodeliner de la tête à mesure que j’écris ceci.
C’est dans les instants de doute, au moment d’avaler mon comprimé, que je décide de continuer. Parce que je me rappelle de tout ça. De mon regard sur tout ça. De l’impact que tout ça peut avoir sur moi. Et face au néant, au désert glacé d’avant, le doute s’envole. J’y tiens, à mes petits bonheurs. Je ne veux plus jamais les voir geler.

Photo by Richard Lee on Unsplash

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