Heureusement, il y a les chats

Au risque d’adhérer au consensus mondial : quelle paire d’années merdiques.

Je ne suis déjà pas d’une nature débordante d’optimisme, mais depuis quelques mois, on atteint de nouvelles strates de la poisse, c’en devient presque incroyable. On vit chaque jour dans la peur qu’il soit pire que la veille, d’une façon ou d’une autre, qu’un pan de mur nous tombe dessus, ou une épée mythologique menaçante placée au-dessus de nos têtes depuis trop longtemps vienne nous fendre le crâne avant que le ciel ne se déchire pour nous avaler tous. On le sait, nous vivons un sursis. Et c’est sans doute ce qui fait enfler l’anxiété dans nos entrailles.
Personnellement, je n’en compte plus les sources.

De nuits chaotiques en journées au ralenti, je me retrouve à vivre ma vie d’un mimétisme félin. Sur mon canapé, je m’assoupis face au fichier blanc de ma tablette, le stylet posé sur l’écran alors que rien ne vient. Et j’émerge aux heures de repas, esclave de mon estomac réglé comme une horloge. Je tourne en rond dans l’appartement, je plie, je range, j’aspire, je prépare, et soudain je craque, je danse, je chante, je joue, j’enfile mes baskets et je pars marcher sans but dans la ville, une plus grande, plus peuplée et plus jolie cage dans laquelle je tourne en rond sous le soleil.

La semaine passée, gonflée d’une chaleur aussi soudaine qu’impitoyable, j’ai enfilé mon maillot de bain deux pièces neuf, sauté dans un bus et étalé une serviette sur la plage, accompagnée des mots parfaits de Becky Chambers. Le soleil, qui nous avait pas mal éludés depuis le début de la saison, a pénétré mon épiderme, réchauffé mon sang froid, et fait exploser ma jauge de vitamine D. Je me suis retrouvée à suivre l’orientation de ses rayons, optimiser l’afflux de vie lumineuse pour en absorber autant que possible, faire des réserves pour les jours gris et sans espoir, comme mes chats s’entêtent à interrompre leur sommeil pour prendre en filature le moindre carré de soleil projeté sur notre affreuse moquette.

Je me suis déshabillée sans aucune gêne, je me suis baignée, j’ai profité de la fraîcheur de ce lac voisin, j’ai nagé dans ses algues grimpantes, et j’ai pu constater que l’eau douce dissolvait l’anxiété. Pouf. Évaporée. Magique. Dans l’eau comme sur le sable, les gens rient, discutent de tout sauf du pire, constatent le beau temps et la chance qu’on a de vivre ici. Alors je me suis immergée jusqu’à gondoler ma peau, je me suis blessée sur les cailloux en regagnant la plage, mais je suis montée dans le bus retour beaucoup plus légère, comme si j’avais oublié mes bagages au bord de l’eau en attendant que la marée ne les emporte. J’y suis retournée presque tous les jours après ça, gonflant le monticule de mes angoisses perdues sur la plage, au milieu des châteaux de sable précaires d’enfants heureux. Et je rentre en fredonnant des chansons de princesse Disney.

Chaque fois que je passe la porte de l’appartement, mes chats se mettent à me parler. Ils me racontent leur journée à poursuivre le soleil, à chasser les mouches et griffer le crépi des murs. Et quand ils ont terminé, ils roulent sur le dos, exposent leur ventre poilu à mes caresses. Parfois, je leur raconte ma journée, je ris, je pleure, je pose mon front suintant sur leur abdomen et je fais le vide au son des ronronnements. Le soir, ils me grimpent dessus chacun leur tour avant d’aller se coucher dans un coin de l’appartement en désordre. Une routine que je n’aimerais pas voir disparaître. Mes chats sont ma famille.

Heureusement qu’il y a les chats.

Crédit photo : Jonas Vincent via Unsplash

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