Prendre ta douleur

J’ai mal. Partout. Tout le temps.
Ce corps que je loue pour cette vie ne me laisse aucun répit. Il fourmille de signaux électriques incompris, émet de mauvaises ondes, vibre sur une fréquence suffisamment décalée du reste du monde pour l’en isoler.
Ça brûle, ici, à la naissance de mon cou. Ça presse, là, au-dessus de mon sourcil. Ça bat, ça gonfle, ça crie des maux de tête qui me font fuir la lumière, le son. La vie. De mon index et mon majeur, j’appuie sur le point douloureux, et c’est comme si je pressais une pompe de morphine. Comme une cascade d’ibuprofène déferlant sur sur mon cuir chevelu.
Parfois, je repense à ce truc idiot et étrange que je demandais à ma mère quand la douleur finissait par s’incruster à la fête.
Maman, casse-moi un œuf sur la tête.

Elle réunissait ses doigts et plantait ses cinq ongles au sommet de mon crâne. Crac. Puis, elle les espaçait doucement, imitant le blanc visqueux de l’œuf coulant sur mes cheveux, jusqu’à englober ma tête entière dans la paume de sa main. Sa main chaude pressait mon crâne juste ce qu’il fallait pour supporter la douleur. C’était bien.
Encore Maman.
Et rebelote. Ma mère me cassait une demi douzaine d’œufs fictifs sur le crâne. C’est mon plus beau souvenir avec elle.

J’ai mal. Cette tête trop pleine, trop lourde qui étire mes vertèbres et déloge mes cervicales, m’encombre. J’aimerais qu’elle soit creuse et siffle au gré du vent, comme ces coquillages qui chantent la mer quand on les colle à l’oreille. J’aimerais que dans ma tête, il n’y ait que du vent. Un vent sans tempête ni orage, sans tornade ni tsunamis. Un doux vent d’été qui compense la chaleur du soleil, une brise qui fait danser les rideaux sans qu’ils aient l’air de fantômes menaçants.
J’aimerais qu’on me casse des œufs sur la tête et que la douleur s’écoule dans le siphon de ma douche avec la mousse d’un shampooing.
Un shampooing aux œufs.
C’est déjà ça.

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