Le très fameux syndrome de l’imposteur

syndrome-de-limposteur-mon-carre-de-sableQuand arrête-ton de se sentir comme une merde étalée sur une biscotte ? 
À quel moment de notre vie peut-on jouir, sans culpabiliser, d’un sentiment d’appartenance, d’acceptation dans une communauté ? Arrêter de craindre le rejet au point que toute tentative d’action est tuée dans l’oeuf ?


J’en pose, des questions. Mais je n’ai jamais de réponse.

Alors, oui, j’ai compris que la vie était une grosse farce, dans laquelle on ne cesse jamais d’apprendre, et au moment où peut-être, on pense s’approcher de ce qu’on voulait être, bin paf. On crève.
Ma plus grosse déception dans la vie n’a pas été d’apprendre que le Père Noël était un mensonge planétaire (à la limite du complot pour faire chanter les enfants, mais bref, ceci est un autre sujet), mais de réaliser que les adultes n’ont pas la science infuse.
Ils n’ont ni toutes les clés, ni toutes les réponses, et ils posent encore moins les bonnes questions pour la plupart. Quand on est gamin, grandir, on en fait tout un foin. On a hâte, surtout pour qu’on nous lâche enfin la grappe. Mais aussi, du haut de notre naïveté sans limite, pour pouvoir enfin répondre soi-même à la montagne de questions accumulées. Ne plus avoir besoin de quiconque, ne plus dépendre de personne. Etre auto-suffisant.
Moi, je vous le dis sans trembler des genoux : grandir, c’est quand même une belle arnaque.

On court tous les jours après une perfection qui n’existe pas. Une perfection dont on voudrait être le premier à dessiner les contours. Et tout ça pour quoi ?
Laisser une trace. Marquer les esprits. (même pas le notre, celui des autres.)
Il y a une urgence, une appréhension de disparaître qui façonne nos vies bien malgré nous.
On dit que l’enfant perd son innocence au moment où il prend conscience de sa propre mortalité, ainsi que de celle du monde entier. Toutes les bonnes choses ont une fin (spoiler : les mauvaises aussi). Alors on veut faire les choses vite et bien, frapper fort, qu’elles marquent du premier coup. Simplement parce qu’on a la trouille d’avoir vécu pour rien si on n’a existé pour personne.
Et on a tous cette petite voix, bien blottie au fond de nos entrailles, qui nous susurre des trucs dégueulasses. Cette voix qui fait que parfois, on est double, et que notre meilleur ennemi, c’est nous-même. Cette voix nasillarde qui sème des embuches, des obstacles sur la route pour qu’on s’explose dessus, et qu’on donne tout, absolument tout pour se relever. Comme les personnages de nos romans, qui savourent leurs succès encore plus intensément lorsqu’il surviennent après l’enfer.

Plus tu en chies, plus tu mérites. (il y a d’ailleurs quelque chose qui me gène sérieusement dans ce mode de pensée, cette notion de mérite dispensée à la légère comme un Label AOC selon des critères qui arrangent à peu près tout le monde).
Je ne suis pas totalement d’accord avec ça, même si je comprends l’idée.

À mon arrivée à Angoulême, dans cette école que j’ai voulu intégrer instantanément après l’avoir découverte, l’excitation a très vite laissé place à une catatonie que je n’avais pas anticipée.

Qu’est-ce que je fais là ?
Ils vont tous me détester.
Mais pour qui est-ce que tu te prends, ma grande ?
Tu n’es rien.
Tu n’es personne. (sic)
Retourne dans ta cambrousse élever des moutons.
Laisse les grands discuter entre eux.
Regarde, de toute façon, tout le monde t’ignore.

Tu te fais du mal.

Ca tournait en boucle dans ma tête. Tellement que, rétrospectivement, je n’ai quasiment aucun souvenir des premiers mois là-bas en dehors d’être assise à ma table, éclatant en larmes au beau milieu d’un cours. Je me souviens des toilettes, qui ont souvent été le théâtre de mes crises, ces moments horribles où ma petite voix saboteuse hurlait si fort dans ma tête que je n’entendais rien d’autre. Pas même ce professeur qui frappait du poing sur son bureau pour s’assurer notre attention. Pas même ce voisin de table qui m’a demandé de sourire, parce que, quand même, ça n’était pas très agréable de m’avoir pour voisine avec ma gueule de dix pieds de long.

J’étais plus vieille que les trois quarts de ma promo. J’étais celle qui s’est réveillée sur le tard, celle qui avait déjà travaillé pour gagné sa vie, celle qui avait du s’endetter sur une dizaine d’années pour espérer tenir jusqu’au diplôme. Celle dont le départ n’a pas déchiré ses parents mais les a plutôt soulagés d’un poids. J’étais différente. À part. Et je me sentais exclue, épiée, raillée. J’étais seule, et c’est là que mon syndrome de l’imposteur s’est auto-nourrit. Je fournissais moi-même des preuves à la petite voix. En me tenant à l’écart par peur d’être rejetée, je lui donnais raison : ils étaient aussi biens sans moi.
J’ai mis du temps à comprendre que ces gens n’avaient simplement pas conscience de mon existence tant je me faisais minuscule.

En un mot comme en cent : j’ai fait une dépression. C’était moche. Je ne souhaite ça à personne, et je sais au fond de moi qu’elle est toujours là, et qu’elle attend le moment opportun pour me sauter à la gorge et me sucer le sang jusqu’à la moelle. Le rêve que je pensais effleurer en entrant dans cette école m’échappait et pendant un trimestre, j’ai séché les cours de ma matière principale. J’ai évité ce prof qui tapait du poing et me terrorisait. J’ai longé les murs, ignoré les courriers d’avertissement.
Et puis un jour, ce professeur m’a attrapée dans le couloir. Je crois qu’il m’attendait, ça sentait l’embuscade. Il m’a simplement foudroyée du regard, a agité son index sous mon nez, et m’a tourné le dos en m’intimant de le suivre.

Pourquoi tu fais ça ?

Je n’avais pas de réponse à lui donner. Je me voyais mal lui expliquer qu’une petite voix au fond de moi m’avait convaincue que je n’avais pas ma place ici, que j’étais une cause perdue incapable d’apprendre quoi que ce soit, que la passion que je pensais avoir pour cette matière m’avait quittée en même temps que mon envie de vivre.
Je pense que je l’aurais mis mal à l’aise.
Alors je n’ai rien dit.

Il m’a hurlé dessus. Il était rouge de colère. Puis, quelque chose a changé. Il s’est tu, plusieurs minutes, et m’a regardée. Il m’a demandé de lui rendre son regard, ce que j’ai fait.
Je n’ai aucune idée de ce qu’il a vu dans mes yeux, mais je n’avais plus la même personne en face de moi. Il m’a expliqué qu’il était très mauvais pédagogue, que ce truc de professeur, ça ne lui ressemblait pas vraiment, qu’il faisait ça sans grande conviction, mais qu’il le faisait quand même, et il s’est excusé pour ça. Il m’a dit que les gens comme moi (meaning ?) méritaient (encore ce mot…) des professeurs passionnés, et attentifs à eux.

Je crois savoir pourquoi tu te sabordes.
Ah ?
Pour t’éviter d’échouer. 
Oh.

Touché. Je ne tentais plus rien. Je n’échouais pas, mais je ne réussissais pas non plus. Il avait raison.

Tu choisis la voie de la facilité, c’est de la lâcheté. (je vous ai dit qu’il était en colère, la colère ça ne disparait pas par magie)
Je l’ai détesté pour ça, mais je suis revenue suivre ses cours.
Et à la fin de l’année, lors de mon entretien bilan, je lui ai dit, avec mon plus beau sourire que je choisissais sa matière comme spécialité pour les deux années suivantes.
Il a ri. Et il a refusé, arguant que j’avais manqué le tiers de l’année, et qu’il avait perdu toute confiance en moi. Les trois autres membres du jury ont salué ma témérité et m’ont donné leur bénédiction. Trois contre un.

Alors, bien sur, j’avais fait la maligne, mais je redoutais la rentrée comme la peste.
Les premières semaines, j’ai sué d’angoisse comme jamais. Je le sentais passer dans mon dos, regarder mon écran derrière mon épaule, et repartir sans un mot en laissant la part-belle à ma paranoïa.
Et puis, un jour, alors que je travaillais le sujet qu’il nous avait confié plus tôt dans la semaine avec du gros métal dans les oreilles, il a posé sa main sur mon épaule. J’ai sursauté. Puis j’ai ôté mon casque.

Tu vois que tu es capable. Je suis fier de toi.

Fier de moi. Quelqu’un, quelque part dans le monde était fier de moi. C’était incroyable, et pourtant, cette fois, la petite voix n’a rien ajouté. Et ça a changé beaucoup de choses.
J’ai compris que j’avais besoin de soutien pour arriver à fonctionner. J’ai compris que ces conneries d’adulte autonome, auto-suffisant et solitaire n’étaient pas pour moi.

Je n’ai pas de solution, ni de remède miracle pour lutter contre lui, mais tout ce que je sais, c’est que le syndrome de l’imposteur ne nous quitte jamais. La petite voix ne fermera jamais vraiment sa grande gueule. Ce qui a changé, c’est que maintenant, j’ai conscience que moi aussi je peux gueuler.

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