A song of ice and fire

Les fins d’années ne me sont jamais tendres. Je suis quelqu’un que l’introspection hante au quotidien, alors quand le monde entier se met à dresser un bilan personnel, je me sens déjà au plus bas de mon estime-personnellomètre. Et pourtant, je n’y coupe jamais.
Et même lorsqu’en Janvier, prévoyante, j’ai bien pris soin de ne prendre aucune résolution à la gomme, je trouve encore de quoi me décevoir.

J’aurais quand même pu au moins travailler mon solfège un peu.
J’aurais quand même pu jouer un peu plus de trois notes au saxo.
J’aurais quand même pu m’accrocher et terminer ce roman.
J’aurais quand même pu prendre mon courage à deux mains et parler mieux de mon travail.

Toujours cette tournure conditionnelle suivie d’un « mais » enrobé d’un tas d’excuses glacées pour en adoucir l’amertume. Cette année n’échappe pas à la règle. Elle a été incroyablement difficile à beaucoup de niveaux, mais aussi tellement différente.

Le tourbillon de la vie m’a tellement malmenée avec le temps, que j’ai toujours terminé mes années à genoux, épuisée, et pressée de mettre la dernière en date dans une boîte à ne jamais rouvrir au mieux, à brûler au pire. Kill it with fire kind of policy.
Malheureusement, si les vieux démons s’évaporaient aussi facilement, notre bonne vieille Terre ne serait plus qu’un incendie géant, un enfer crépitant d’étincelles et de cendres. J’aurais au moins compris ça.

Cette année, le goût des excuses n’est plus aussi chimique, et l’amertume de la déception a quelque chose de réconfortant.
Car cette année plus que les autres, j’ai l’impression d’avoir vraiment vécu. Ou d’avoir essayé davantage. J’ai cette sensation familière d’essoufflement, comme après une très intense séance de sport que mon corps réclamait depuis des lustres : de la bonne fatigue.

À bien y réfléchir, je n’ai jamais eu de bonnes ou de mauvaises années. Je n’ai eu que des montagnes russes, des douches écossaises, des bains suédois. Des chats échaudés balancés dans l’eau glacée. Du feu et de la glace.

On dit que ça fait repartir le cœur.  Peut-être.
Mais à long terme, ça épuise la machinerie.
La vie ne m’a jamais semblé aussi difficile que lorsque son tourbillon me noie d’émotions contradictoires successives qui me laissent apathique par manque de temps pour m’adapter. Et pourtant, c’est dans ces moments-là que je me sens la plus vivante, ballottée d’un extrême à l’autre, mon cœur perdu dans les partitions des différentes symphonies apprises à la va-vite. J’épluche l’éventail des émotions humaines ; je passe par tous les stades du deuil, je réagis à chaud, puis à tête reposée, et je constate le chemin parcouru.

Cette année, j’ai compris que la vie n’était rien d’autre qu’une symphonie, un opéra. Une gigantesque pièce de théâtre où le feu et la glace se succèdent. À chacun son air.

À chacun son ère.

On se plaint autant de la chaleur que du froid. Il n’y a pas de gentil ni de méchant dans cet opéra, juste le temps qui passe et nous pique, nous enveloppe, nous transforme. Dans ce maelström de vie j’ai enfin compris pourquoi j’étais là, à subir tout ça, le bon comme le mauvais. J’ai aperçu les contours encore flous d’un vieux rêve, ses cendres, peut-être, encore éparpillées au fond d’une une boîte à moitié brûlée.

Et je compte bien tout déballer.

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