Rat des villes

 

Je n’aurais jamais cru dire ça un jour. Moi, la petite fille de la campagne, celle qui récoltait des tiques en pagaille à force de jouer à cache-cache dans les champs de blé ou de bambou, et de barboter dans les marécages derrière la maison ; je crois que j’aime la ville.

Non. Pas La Ville, comme une généralité. J’aime ma ville.

Elle n’est ni trop grande, ni trop petite. J’aime autant ses bords de lac que ses hauteurs, ses plateaux que ses immenses côtes qu’on grimpe en rouspétant quand on rate le dernier métro.

J’aime la place où je vis, celle qu’on m’avait pourtant déconseillée à grands coups d’avertissements chuchotés. Attention, c’est la zone des drogués.
Oui. Et ? 
Aujourd’hui, je considère cette place comme le cœur de Lausanne. Là où ça crie quand il est temps de manifester, là où ça chante quand on veut avoir le cœur léger, là où on vient casser la croûte à un food truck, ou simplement discuter avec les gens qui y vivent, écouter ceux qui souffrent d’une dépendance qu’on ne comprendra jamais à moins d’y sauter des deux pieds, proposer son aide à ceux qui dorment dehors, nuit après nuit parce que La Marmotte est pleine à craquer.

A la Riponne, on dort sur le dos d’une grosse créature toujours en mouvement. On entend son râle en permanence, il nous berce et nous apaise, parce qu’on n’y est jamais seul très longtemps. Toujours quelqu’un pour nous faire exister dans ses yeux, que ce soit pour nous taxer deux balles, une cigarette ou un peu de temps pour signer une pétition qu’on a probablement déjà signée.

De ma salle de bain, je vois la boîte à livre du quartier se remplir et désemplir le temps d’un brossage de dents. Je vois cet homme, toujours le même, embarquer quelques bouquins qu’il dévorera assis sur le trottoir de la Rue du Grand-Pont, et dont il extraira une citation qu’il écrira fièrement sur sa pancarte.

De ma chambre, j’entends les Joyeux Anniversaire chantés à tue-tête d’un chœur éméché, assis à la terrasse du Bruxelles Café, j’entends les rires, les pleurs, les disputes aussi. J’entends les mots d’amour hurlés de part et d’autre d’un passage clouté, j’entends les klaxons qui envahissent l’air à la moindre victoire d’une équipe locale de hockey.

Je vois aussi les illuminations de la Cathédrale et du Musée, du bleu, du rouge, du jaune, du vert, tout dépend de l’humeur, de la saison et du temps qu’il fait. Le Great Escape allume ses guirlandes et héberge ceux qui ont soif, encore et toujours, ou au moins le temps d’une soirée.

De chez moi, je vois tout ça. Alors imaginez ce que ça peut donner quand je m’y balade à pied.

(Crédit photo : Laurent Naville via Unsplash)

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